Discours de M. Alfroy hay, adjoint au maire
Mesdames, Messieurs,
C’est avec une émotion profonde que je prends aujourd’hui la parole pour adresser mes remerciements et souhaiter la bienvenue aux visiteurs éminents qui sont venu honorer de leur présence cette cérémonie du souvenir.
Je salut notamment, monsieur le préfet du Cher, M. Mauger, sénateur, M. plaisant, député, M. le général commandant le 8ème corps d’armée, M le conseiller général, M. le sous préfet, M. le conseiller d’arrondissement, les musiciens de la 16ème division, la société des anciens combattants de1870 : les anciens combattants de 1914, la société de secours mutuels, la subdivision des sapeurs pompiers, les dames quêteuses, les enfants des écoles ; enfin tous ceux qui sans distinction nous ont accordé leur offrandes et leur appui.
J’ai a présenter les excuses de M. le sénateur Breton et de M. le député Valude, dont les occupations ou l’éloignement ne leur ont pas permis d’assister à notre cérémonie, mais qui sont de cœur avec nous.
Messieurs, on a pu lire avec raison ; « Nos chers soldats ont accumulé à eux seuls plus d’héroïsme et de souffrance que l’histoire n’en a enregistré pendant plusieurs siècles » Et en effet, l’héroïsme de ceux que l’histoire vénérera sous le nom à jamais immortel de « Poilus » a été autre chose que la fièvre enthousiaste de quelques semaines.
Pendant des mois et des mois interminables, éloignés de leur sol natal, arrachés à leurs plus chères affections il leur a fallu endurer la barbarie d’une guerre scientifique ; résister aux diaboliques inventions d’un ennemie implacable. Enfuis dans les tranchées au milieu de terres ravagées dont les aspects n’avaient plus rien de terrestre, sous le déclanchement d’une artillerie monstrueuse, aveuglés, assourdis par les rafales d’obus, tapis et rampant, exposés à l’asphyxie des gaz délétères, trébuchants à travers les perfides réseaux de fil de fer barbelés, souillés, sanglants, minables et pourtant magnifiques, pendant cinq longues années leur vie fut perpétuel supplice, un cauchemar ininterrompu.
J’en appelle, messieurs, au souvenir des survivants de la grande épopée ; j’en appelle au groupe des anciens combattants dont je salue ici la glorieuse présence.
Pour surmonter les épreuves d’une guerre comme celle-ci, il fallait davantage que de la bravoure, davantage que de l’héroïsme, il fallait des nerfs d’acier, il fallait une âme de pierre, il faillait encore plus que tout cela, il fallait cet esprit de sublime sacrifice qui seul anime les martyrs des grandes causes.
Et en vérité, ceux qui sont partis et qui ne sont pas revenus, ceux qui ont donné à la France, le trésor de leur jeunesse, se croyaient réellement les apôtres d’un idéal.
Ils combattaient pour notre liberté.
Une si grande multitude de sacrifices, la France ne peut et ne doit l’oublier. La reconnaissance restera comme un devoir vivace au cœur de tous.
Partout d’un bout à l’autre du territoire, des monuments se dressent comme celui-ci, témoignage touchant de notre gratitude, patriotiques autels de notre culte du souvenir.
Nos fils ont été dignes de leurs pères, des combattants de 1870, de la longue lignée de héros qui ont illustré notre histoire. Et vous, Messieurs, vous avez voulu être dignes de vos morts. Grâce à votre empressement, grâce à la générosité de tous, nous avons pu élever ce monument durable, à la mémoire de nos soldats.
Ce monument, je vous le demande pour eux, respectez le, respectez ce qui l’entoure et l’embellit.
Et vous mes enfants quand vous passerez devant, vous saluerez ces noms et vous vous souviendrez. Vous vous souviendrez que c’est à eux que nous devons le retour à la Patrie des deux provinces qui lui furent arrachées en 1871 et sera pour vous une leçon d’histoire qui complétera celle que vous recevez à l’école.
Et maintenant, Messieurs, recueillons nous, devant cette pyramide de granit. Admirons cette belle figure personnifiant la France, lisons cette inscription « Honneur à nos glorieux morts. » Les noms qui sont gravés dans la pierre ne sont pas des dignes muets. Ces ont les noms des 135 soldats qui étaient des braves gens comme vous et qui un jour abandonnèrent leurs maisons et leurs champs, laissèrent inachevé le travail commencé ; fermèrent leur maison de commerce pour répondre à l’appel sacré du pays.
Ils sont partis et pour la plupart leurs corps gisent là vas, tout au long de l’immense champ de bataille.
Il en est même portés disparus dont nous ignorons toujours le lieu où ils sont tombés. Ils ne sont plus mais leur souvenir reste vivant dans nos cœurs.
En cette journée d’avril, dans le printemps hatif qui partout est en fleur, en présence de tous ceux qui les aimaient ; répétons avec Victor Hugo les strophes ferventes que vient de nous faire entendre l’éminent artiste qui a bien voulu avec nous rendre hommage à nos morts et auquel j’adresse en votre nom tous mes sincères remerciements. Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie,
On droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. »
Il nous semble qu’ils nous répondent et que le les entends. Et ils nous disent ; « il ne faut pas que notre sacrifice ait été inutile. Nous sommes morts pour que vous puissiez jouir de la paix souveraine, pour que vous puissiez jouir dans la sécurité d’une existence plus douce et merveilleuse. »
Vous nos frères et nos fils, observez le pacte d’union que nous avons conclu dès 1914 et grâce auquel nous avons pu réaliser la victoire de la Marne, celle de l’Yser, la résistance de Verdun, et enfin le triomphe définitif. Restez unis, songez à la France qui a encore des ruines à relever, des maisons à reconstruire.
La guerre exige le courage, mais la paix implique le travail. C’est au travail que nous vous convions pour la prospérité du pays, pour le progrès de l’humanité à qui la grandeur et le salut de la France Républicaine sont indispensables.
Quand la Patrie nous a crié « au drapeau, nous avons répondu « présent » comme déjà nos pères avaient répondu en 70.
Aujourd’hui elle vous crie « à l’ouvrage ». Pas un de nous ne doit rester sourd à cette exhortation.
Voilà ce qu’ils nous disent nos chers morts, dont les noms sont inscrits sur cette pierre, voilà les paroles que nous devons sans cesse répéter à nos enfants des écoles pour qu’ils apprennent à suivre le splendide exemple de nos héros.
Répondons leur : « Frères, nous vous avons entendus, nous vous jurons de rester unis dans cette France victorieuse, grâce à votre sang répandu et que nous promettons de faire plus forte encore, plus prospère, plus juste et plus fraternelle par la puissance et la vertu de notre travail. »
Source: La semaine berrichonne, le 18 mai 1922.. Transcription Monumentsducher1418