Inauguration (Avec discours de Marcel Plaisant)...
Henrichemont.
Inauguration du Monument aux Morts.
Dimanche dernier eut lieu à Henrichemont, la cérémonie d’inauguration du Monument aux enfants d’Henrichemont morts pour la France.
Le monument d’apparence sobre et fière est formé d’une pyramide tronquée en granit, sur les côtés de laquelle sont gravés en lettres d’or les noms des 135 enfants de la commune morts pour la France. A l’avant, une Française, tête nue et vêtue d’une tunique aux lignes harmonieuses, vient de graver l’inscription : honneur à nos glorieux morts.
Pour la cérémonie, se trouvaient groupée aux côtés de M. Pasquet-Benoit, maire d’Henrichemont, entouré de MM. Alfroy et Jampierre, adjoints, et de tout le Conseil Municipal, MM. Richsmann, préfet du Cher, général Janin, commandant le 8e corps d’armée : Mauger, Sénateur ; Marcel Plaisant, député, Dissard, sous préfet de Sancerre ; de nombreuses autres personnalités et de toutes les sociétés.
Plusieurs discours furent prononcés. Nous reproduisons, pour nos lecteurs, les émouvantes paroles prononcées par le sympathique député Marcel Plaisant.
Monsieur le Maire.
Mesdames et Messieurs.
A l’immortalité des enfants très beaux et très forts, qui ont restitué la République, et qui ont propagé l’empire du peuple français par leurs insignes vertus dans les combats et de vent la mort, la cité et la population d’Henrichemont ont élevé ce monument.
L’hommage que nous rendons à nos glorieux compatriotes est la seule forme par laquelle nous puissions conduire un instant présent parmi nous ceux que la guerre détestable a ravis aux plus tendres affections. Autour de ces pierres ils apparaissent aujourd’hui, non pas tels que vous les aviez vus sous le feu, couvert de boue et de sang, et devant les résolutions suprêmes, simple et grands, mais tels qu’ils triomphent dans leur apothéose, le visage transfiguré par la victoire qu’ils ont si longtemps attendue, et dans leur sérénité marmoréenne, comparables à des dieux tutélaires de la Patrie.
Par les actions ces soldats s’imposent à votre souvenir ; à l’évocation de leurs morts, les plus émouvantes images du sacrifice justifient l’orgueil de la race, et cette confiance que la démocratie place dans le cœur, dans le courage et dans l’abnégation de ses citoyens, armes morales que l’éducation de la liberté donne à leur âme, d’un acier plus dur que les armes matérielles dont ils protègent leur corps.
Par leur œuvre, ces soldats qui nous ont sauvés nous dictent la loi de la vie. Que le culte que nous leur rendons aujourd’hui, nous soit une occasion de rappeler que la victoire définitive a été obtenu grâce à une ténacité soutenue, grâce à une énergie surhumaine que ne laissaient ni les déboires, ni les revers passagers, ni les difficultés reconnaissantes, enfin, grâce à une foi inébranlable dans le succès et dans les destinées immortelles de la France.
Si nous avions oublié cette leçon, nous ne serions pas dignes des hommes que nous célébrons aujourd’hui.
Si nous l’avons retenue et comprise, alors nous déduirons la pais féconde comme nous avons conduit la guerre victorieuse.
Trois ans de patience, trois ans de désillusions accumulées, trois ans de sourde résistance ont prouvé avec éclat que l’Allemagne entendait se dérober à ses engagements afin de détourner la valeur de sa dette pour forger de nouvelles armes et menacer encore la paix du Monde.
La demande de moratoire présentée en Décembre à) Londres et en Janvier à Paris, les manquements successifs en livraisons de charbons, de bois, de sulfate d’ammoniaque, s’ils avaient été tolérés de notre part, livraient définitivement notre faiblesse au caprice et à l’audace germaniques. L’occupation de la Ruhr apparaît ainsi comme le seul moyen que l’Allemagne elle-même a imposé à ses créanciers par ses fautes et par sa perfidie.
Nous n’abandonnerons ce gage productif que lorsque la rectitude dans la conduite de notre débiteur, et l’acquittement des dettes auront fait disparaître la seule cause de cette mesure de garantie inéluctable.
Mais le passé nous instruira de l’avenir. Autant nous avons marqué de longanimité lorsqu’il était permis d’espérer la bonne foi d’un Etat qui avait reconnu sa responsabilité dans la guerre, autant nous témoignerons de rigueurs vis-à-vis d’un débiteur récalcitrant dans l’exécution des conventions futures dont toutes les stipulations devront être associées à des sûretés réelles et efficaces.
Les accusations d’impérialiste soigneusement entretenues par la propagande allemande peuvent être écartées avec dédain par le pays de la Révolution. Comme l’a dit avec éloquence le Président du Conseil : « Aucun esprit sensé ne peut sérieusement croire que la France, qui a promulgué les droits de l’homme et donné à la souveraineté nationale son expression le plus large et la plus complète, ait la folle pensée de soumettre à son autorité des populations étrangères et de s’approprier des territoires malgré la volonté des habitants. »
Ainsi que l’Angleterre l’en a averti pas la voix de Lord Curzon, c’est à l’Allemagne elle-même de faire des propositions concrètes ; c’est à elle qu’il appartient de s’adresser directement à nous pour nous offrir le double programme de réparations et de sécurité qui ne sera pas seulement une satisfaction accordé à la France, mais encore la seule manière d’exaucer les vœux du monde pour la paix par le droit.
Pour accomplir cette œuvre, nous devons trouver des les ressources de la conscience les moyens de dominer la désunion des partis et la rivalité des doctrines politique.
Le grand ministre qui a fondé la cité d’Henrichemont dont les places et les voies harmonieuses reflètent si bien l’équilibre de sa pensée, de ses « Mémoires des Servitudes utiles et obéissances convenables dédiés à tous nos soldats et à tous les peuples français », déplore de démembrement des forces morales au lendemain de la guerre : « C’est ainsi, dit-il, que tous les fruits espérés d’une si grande et signalée victoire s’en allèrent en vent et en fumée et au lieu de conquérir, on vit toutes choses dépérir. »
Inspirons-nous de la leçon du prudent Sully qui était un maître des les sages économies d’Etat, dans leur distribution politique et militaire.
Et en écoutant cette noble vois du passé jointe à la muette exhortation de nos morts, nous avons confiance que la victoire, au lieu de dépérir, pourra croître toujours d’une plus magnifique splendeur comparable à ces grands ormes appelés des Sully qui plongent dans le sol de France leur puissantes racines et qui dressent dans le ciel leur ramure majestueuse comme la gloire de nos enfants, gonflés d’une sève aussi riche que leur sang.
Marcel Plaisant.
Source: L'Avenir du Cher du 26 mai 1923 / Transcription Monumentsducher1418