Discours de M. Dubois
Mesdames, Messieurs, mon cher Maire,
Vous avez voulu sur Villabon inaugurât le monument que vous avez élevé à vos morts, le lendemain du jour de l’anniversaire de l’armistice.
Vous avez bien fait.
Le temps efface malgré nous, les souvenirs même les plus amers et les regrets même les plus profonds ; ces cérémonies en s’éloignant des heures funèbres qu’elles rapellent pourraient perdre leur caractère de douloureuse et triste commémoration. Le lendemain de la fête de la Victoire, la fête des morts, c’était bien.
Quatre ans déjà se sont écoulés !
(La France en célébrait hier l’anniversaire glorieux, mais assombri du crèpe des deuils).
Depuis que l’armistice a été signé par le maréchal Foch dans la clairière de Rethondes.
Quatre ans ! et il me semble qu’il soit tout récent le moment où les généraux allemands vaincus se présentaient le soir du 8 novembre à la Capelle en disant au capitaine du 19° chasseurs à pied : « nous venons demander la pais à la France. » Trois jours après, l’armistice était accordé, préliminaire militaire trop douces, car l’Allemagne échappait à une épouvantable déroute. (La France a toujours été et sera toujours chevaleresque).
Le Traité de pais se poursuivit lentement. La France victorieuse aurait du le dicter, elle l’a subi, et n’en peut aujourd’hui obtenir l’excécution. Depuis, lors, le pays s’est couvert de monument élevés au souvenir de ceux qui avaient donné leur vie pour chasser l’envahisseur du sol de la Patrie, pour rendre à la France ses frontières, ses provinces perdues et assurer sa sécurité. Cette sécurité, notre bien suprême ! nos morts nous l’ont donnés, elle est acquise, croyez le bien, vous tous qui m’écoutez, par le désarmement de l’ennemi, par son impuissance certaine, dût elle nous coûter des milliards, d’un état neutre sur les bords du Rhin, où l’ennemi ne pourra réunir nulle force militaire, ni préparer ni organiser des moyens de guerre pour partir contre nous.
Nous avons là, un sûr contrôle militaire qui nous garantit la paix glorieuse à l’abri de laquelle nous tous, messieurs, paysans de France (il n’est pas de plus beau nom), car les paysans ont sauvés la patrie, nous pouvons travailler et faire sortir de nos sillons les vrais trésors de notre beau et noble pays.
Votre commune de Villabon qui a été si effroyablement éprouvée par la guerre, pour sa population de 524 habitants, qui a donné à la France dans de brave combattants tombés, ,hélas ! au nombre de quarante quatre sur les champs de batailles ou revenus mutilés par des balles ou les obus, se devait plus que tout autre d’élever pour la mémoire des plus grands des plus terribles événements qu’eut enregistrés l’histoire universelle.
Ce monument qui, à travers les siècles rappellera la guerre de 1914 à la prospérité, qu’il rappelle surtout à nos enfants, le sacrifice de ceux qui ont donné leur vie pour la Patrie. D’éloquentes paroles, d’émouvants discours, ont élevé au mausolée littéraire à leur gloire, depuis les plus grands français jusqu’aux plus humbles, du nord au midi, du levant au couchant tous ont redit toujours d’un cœur aussi profondément ému, le courage, la vaillance, les souffrances vraiment surhumaines, de nos glorieux défenseurs. Mais quelle vois plus émouvante que la leur même, quand nous relisons leurs lettres écrites en plein combat, que nous écoutons les récits de leurs compagnons d’armes, que nous nous penchons sur les livres qu’ils ont publiés, livres de vérité, témoignages précieux de leurs faits de guerre.
Si nous voulons sentir vibrer nos cœurs, couler nos larmes, c’est à cette source d’émotion, et de souvenir qu’il faut puiser, c’est là où nous comprendrons leur amour de la France, leur ardeur héroïque, faite à la fois de colère contre le traître envahisseur et d’amour pour la Patrie, et nous souffrirons de l’impuissance de nos paroles si au dessous de la réalité affreusement impressionnante qu’ils ont vécue. Nous pensons à eux surtout, comme c’est naturel à nos braves enfants du Berry, faisons rougir de honte les esprits injustes qui se sont de tout temps lamentés contre ceux qui travaillent pour eux du dur labeur journalier ; ah ! ils s’en sont noblement vengés, par leur courage sans défaillance, ceux que la mort a pris comme ceux qui ont échappé à la tourmente.
Dans cette inauguration solennelle du monument des morts, n’oublions pas les malheureux parents, qu’ils sachent que notre pitié, notre douleur, notre condoléance attendrie leur est acquise, qu’ils se consolent en pensant que ceux qu’ils pleurent reçoivent au-delà de ce monde la récompense des martyrs de la patrie.
Messieurs, les noms inscrits sur cette pierre doivent être des noms entourés de respects et de reconnaissance pour ceux qui ne sont plus et pour les parents qui ont la fierté douloureuse de porter ces noms glorieux dans le silence de leur chagrin.
Honneur aux vaillants enfants de Villabon qui parmi tant de héros français morts par milliers dans la grande guerre ont leur noble place ! L’histoire conservera leur mémoire, le monument peut disparaître un jour, mais il y aura une page inscrite dans les fastes de la nation française que le temps n’effacera jamais et qui sauvera à jamais de l’oubli la gloire de vos enfants morts pour la Patrie.
Honneur à vos enfants qui ont marché au combat avec cette vaillance calme dans le danger ; cette soumission au devoir, ce courage tranquille, dont ils étaient coutumiers dans el labeur de chaque jour et les pénibles travaux des champs. Braves gens, ils n’ont voulu se laisser dépasser par personne quand il a fallu marcher en avant. Ils ont fait le plus héroïque sacrifice, celui de leur vie.
Honneur aux enfants de Villabon, morts pour la France !
Source: Le Journal du Berry du 18/11/1922. Transcription Monumentsducher1418