Inauguration ...
Favorisée par une belle journée, la population de Saint Eloy de Gy a inauguré le 20 novembre 1921, le monument commémoratif à ses morts de la grande guerre. Revêtant un caractère digne et simple à la fois, la cérémonie s’est déroulée dans le recueillement général.
A neuf heures du matin, le cortège officiel se rendit à la cérémonie religieuse. M. l’aumônier Pavillard rappela en termes émus ce qu’il avait vu accomplir, par les soldats de nos villages, ceux du 95°, du 85° du 13°, etc….. Le cortège se rendit ensuite au cimetière où s’élève le monument, au milieu des tombes des soldats ramenés du front.
Venaient d’abord les enfants des écoles les combattants, qui, au commandement de : En avant pas quatre : se groupèrent derrière leur président, M. le Lt-Colonel de Lapparent ; la municipalité, des vétérans de 70, le clergé,, et toute la population suivaient.
Après la bénédiction donnée par M. le Curé Delaunay, un enfant de l’école publique récita une touchante poésie.
C’est alors que M. Millet, Maire de la commune s’adressant aux familles éprouvées et à toutes les personnes présentes, prononça d’une voix mâle, coupée par l’émotion compréhensible chez un père de famille, le discours suivant :
Discours de M. le Maire de Saint-Eloi.
Mesdames,
Messieurs,
Mes chers Enfants,
Animé par un double sentiment de reconnaissance et de souvenir, le Conseil Municipal a décidé d’élever un Monument à la mémoire des Enfants de Saint-Eloy, morts pour la France.
De nombreux souscripteurs auxquels j’adresse mes sincères remerciements sont venus avec leur (?), grossir la subvention du Conseil Municipal et apporter ainsi un hommage d’affection à leurs chers disparus. Trente-neuf des nôtres ont leurs noms inscrits dans le marbre, ce qui prouve que notre commune a payé durement son tribut à l’effroyable guerre qui a ensanglanté la France pendant plus de quatre ans.
Qui ne compte un époux aimé, un fils chéri, un père vénéré, parmi les martyrs auxquels nous devons tout !
Ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes, ils ont sacrifié leur vie pour que la France reste libre, que de souffrances n’ont-ils pas enduré ! Dans les tranchées, les pieds dans la boue, le corps transi de froid par ces longues nuits de veille, ils étaient à leur poste de combat, exposés à la pluie ou à la neige qui démoralisent, aux gaz ou à la mitraille qui tuent.
Certes, vous auriez voulu pouvoir leur épargner tant de peine, tant de dangers, mais le cruel destin a tenu que vous les voyiez souffrir, que vous les voyiez mourir.
Quelques-uns ramenés du front dorment de leur dernier sommeil près de nous, dans les cimetières de leur village natal.
D’autres les rejoindront bientôt, mais hélàs ! Tous ne reviendront pas. Ceux qui ont été ensevelis sous le feu de l’ennemi resteront toujours, héros anonymes, sans sépultures, abandonnés aux plaines du Nord et de Champagne, comme aux collines de Verdun et aux sommets des Vosges.
Leurs pauvres parents n’auront pas la consolation de fleurir leurs tombes. Ils viendront s’agenouiller au pied du monument destiné à perpétuer le souvenir de ceux qui ne sont plus.
Il faut que nos morts ne soient jamais oubliés. Il faut que leur pensée reste constamment présente à notre mémoire. Honorons-les ! Quand nous ne seront plus, c’est à vous mes chers enfants, de faire revivre vos aînés en rappelant leurs exploits héroïques. C’est à vous de conserver le fruit de leur victoire. Vous n’oublierez jamais qu’ils ont versé leur sang pour vous assurer la tranquillité, la paix dans l’avenir.
Dans ce jour de tristesse et d’évocation, ma pensée va vers les familles de ceux que nous glorifions. Leur vie si inquiète est entourée vie bien des larmes et de bien des regrets. Nous prenons part à cette profonde douleur qu’il est difficile d’atténuer.
Soldats de Saint-Eloi-de-Gy tombés au champ d’honneur, vous appartenez à cette phalange de braves qui ont sauvé la France et qui par son courage et sa ténacité a fait l’admiration du monde entier.
Au nom de la commune de Saint-Eloy dont je suis le représentant, je vous adresse le suprême salut et je m’incline respectueusement devant ce Monument qui symbolise vos dépouilles couvertes d’une gloire immortelle.
Discours du Maire de Saint-Eloy, à la réception des Combattants :
Mon colonel,
mes chers Camarades,
Le Conseil Municipal, au nom duquel j’ai le très grand honneur de parler éprouve une immense joie à vous recevoir officiellement à la Mairie.
A tous je vous souhaite la bienvenue.
Ce matin, à l’occasion de l’inauguration du Monument commémoratif, nous avons exalté l’héroïsme de nos chers disparus. Bien que nous voulûmes, tout le recueillement qui lui convient, la Municipalité a cru manquer à son devoir en ne glorifiant pas tous les artisans de la Victoire.
Merci à M. le colonel de Lapparent, à M. l’aumônier Pavillard, à M. le curé, qui, par leur présence rehaussent l’éclat de cette journée mémorable.
Nos vétérans de 70 qui ont contribué à la défense du ays ont droit à notre gratitude. En cette circonstance leur place est toute choisie à côté des combattants.
Quant à vous vaillant poilus vous êtes venus triomphants après quatre ans d’une horrible guerre, au cours de laquelle vous avez fait preuve d’une endurance, d’un courage qui a émerveillé toutes les nations civilisées.
Il m’est impossible de parler de vos nombreux exploits que je confonds tous dans un même sentiment d’admiration et de reconnaissance.
Je lève mon verre au colonel de Lapparent, aux Vétérans de 70 et aux glorieux combattants de Saint-Eloy-de-Gy.
M. le Lt-colonel de Lapparent, en uniforme, salua au nom des combattants les morts qui dormaient là et ceux dont le nom était sur le monument. Il parla des souffrances de ceux qui avaient combattu et termina en souhaitant une ère meilleure.
Le soir à 2 heures devant une grande affluence il fut procédé à la plantation de l’arbre de la victoire. Les enfants des écoles chantèrent la Marseillaise écoutée avec émotion par la population découverte. Devant l’arbre symbolique, M. le Lt-colonel de Lapparent décora de la Légion d’honneur, M. Pinot, instituteur à Saint-Eloi, et relaya ses vertus militaires et civiles. Il n’oublia pas Mme Pinot qui s’occupe avec une sollicitude touchante des enfants de l’école de Saint-Eloi. Regrettant l’absence des clairons et des tambours, le Président des Combattants remit la croix au nouveau Légionnaire qui reçut aussi l’accolade de l’aumônier Pavillard.
Aussitôt après il eut à la Mairie réception des Vétérans de 70, des Combattants et des Militaires permissionnaires. Après quelques mots de M. le Maire, un vin d’honneur leur fut offert.
Les enfants des écoles ne furent pas oubliés et une distribution de gâteaux leur mit le coeur en joie.
Cette fête par son caractère touchant, son profond recueillement, les réjouissances n’étant pas permises, remua profondément le cœur des bons français de cette petite commune et tous garderons le souvenir de cette journée mémorable.
Source: La Dépêche du Berry 1921. Transcription Monumentsducher1418