Discours...
Discours de M. Desbarres, Conseiller général du canton de Saint Martin d'Auxigny.
Ce monument élevé à la gloire des enfants du pays aurait une signification incomplète s’il ne renfermait qur l’expression de nos sentiments pour ceux qui sont resté à la guerre. Parmi tous les soldats que Saint-Martin a donné à la France, beaucoup lui ont été rendus.
Ils n’ont pas moins souffert, ils n’ont pas moins vaillamment lutté, et je suis heureux que Dieu les ait ramené pour leur dire toute la fierté que nous avons de les posséder parmi nous.
Vous qui êtes revenus de la bataille, mes chers amis, laissez-moi vous dire la reconnaissance et l’admiration que vos compatriotes vous conservent.
Partis un soir de 1914, vous avez laissé dans le champ la moisson inachevée. Graves, vous avez embrassé vos parents, vos femmes, vos enfants, parmi des pleurs. Vous êtes partis, disant à tous ; « Ce sera facile. A bientôt ! »
Puis vous êtes entrés dans la fournaise. Vos bras tendus, que vous croyiez forts, vous les avez tendus pour arrêter l’invasion. Cependant, la poussée était rude et vos muscles, déshabitués du flingot, ont dû céder un instant devant la besogne à accomplir. Vous avez reculé, non pas pour fuit, mais pour mieux calculer votre élan.
Un matin de septembre, dans les plaines de la Marne ou les champs vallonnées de Lorraine, vous avez senti que les derniers rayons du soleil d’été vous grisaient. Vous vous êtes dressés, serrant votre arme dans votre main nerveuse. Et le Boche, effrayé de votre taille, a cédé devant vous.
Puis, pendant des années, vous êtes restés dans un enfer épouvantable. Comme vos camarades, vous pensiez mourir.
Dans la souffrance, vous avez vécu. Par elle, vous vous êtes aguerri et, à force de volonté, de courage, un jour enfin, vous avez quitté le trou où vous étiez enfouis pour partir à l’attaque.
Notre cœur vous a suivis dans votre course triomphale, mes chers mais. Nous avons frissonné d’orgueil en comptant vos exploits, et, au jour fameux du 11 novembre, nous avons laissé déborder vers vous toute notre joie, toute notre fierté.
Ce que vous avez accompli pendant ces années de guerre est splendide !...Le monde entier vous a regardés avec des yeux étonnés. Vos fourragères et vos croix, qui ont prouvé et récompensé votre bravoure, ne sont rien en comparaison de l’immense gratitude que nous vous conservons.
Soldats de Saint-Martin morts au champ d’honneur, glorieux poilus qui nous entourez, vous avez été nos éducateurs et nous restez nos modèles !
Vous nous avez montré que la vie est faite d’autres choses que de l’intérêt matériel. Vous nous avez indiqué qu’elle était la beauté de l’effort, la noblesse du courage, la force du sacrifice.
Par ces trois vertus que vous avez si bien pratiquées, vous nous avez rendu la paix et la tranquillité ; vous avez détourné de nous l’angoisse et l’inquiétude.
Nous tous, nous nous en inspirerons et, par elles, nous continuerons cette union qui a été la cause de leur éclosion et qui fait de notre France, à l’heure actuelle, le plus beau des pays.
On applaudit et la parole est à M. Desbarres, conseiller général du canton de Saint-Martin :
Devant ce monument que la piété reconnaissante de nos concitoyens vient d’édifier, et sur lequel sont inscrits les noms de ceux de Saint-Martin qui sont morts pour la France, des pensées tumultueuses assaillent nos esprits et nos coeurs.
C’est d’abord le souvenir éploré de tous ces chers enfants fauchés à a fleur de l’âge dans l’effroyable drame que nous avons vécu, de tous ceux de Saint-Martin, de tous ceux du canton, comme de tous ceux de la France.
Leur sacrifice, perpétuellement symbolisé à nos yeux par ce monument, s’imposera toujours à notre admiration et à notre reconnaissance. Il évoquera en nos coeurs et leurs souffrances, et leurs persévérants efforts et leur héroïsme.
Nos sentiments affectueux se dirigeront tout naturellement vers leurs familles, si nombreuses hélas ! Frappées dans leurs plus chères espérances, vers leurs foyers ravagés par les larmes, pour envelopper les unes et les autres de nos plus chaudes sympathies….
Ici, l’orateur rappelle les premières heures de la mobilisation ;
La France, menacée, sonnait le ralliement de ses enfants. Tous répondirent à son appel.
Moment inoubliable et sublime !
La grandeur du danger exaltait les courages et transfigurait les hommes.
Comme par enchantement, les petites inimitiés du temps de paix s’oublièrent.
Arrière les disputes de partis, les controverses d’écoles ! Vive l’Union sacrée !…
M. Desbarres termine ainsi :
Et maintenant, faut-il rappeler les étapes du rude calvaire gravi par nos soldats ?
Faut-il parler du séjour aux tranchées, des nuits sans sommeil, l’oeil au créneau, dans la boue et par le froid ? Inutile, sans doute, car tout cela est d’hier.
Il me sera permis, cependant, de souligner une fois de plus que si, dans cette tâche gigantesque, toute les classes sociales firent leur devoir, une part prépondérante revient au paysan, qui presque toujours en première ligne, faisait de sa poitrine un rempart à l’ennemi.
Mais cette constatation ne sera pas pour affaiblir son courage, loin de là.
Si, pendant la guerre, il a été aux premières places pour défendre la terre de France dont il a le culte, il sera encore, pendant la paix, l’artisan le plus actif de sa fécondation.
Déjà, dès sa démobilisation, sans trêve ni défaillance, il a repris ses outils du temps de paix, et, en ce moment plus que jamais, il affirme les qualités foncières de la race, c’est à dire l’amour du travail opiniâtre et de l’économie, joints à des sentiments du plus inaltérable patriotisme.
Honneur aux paysan français !
Honneur aux braves dont les noms sont gravés sur ce moment !
Honneur aux mutilés et aux poilus du canton de Saint-Martin.
Mesdames, Messieurs,
En terminant cette modeste harangue, je me reprocherais de nos pas accomplir le geste de gratitude et de déférence qui s’impose au nom de la population du canton.
A.M. le colonel Véron et M. le député Plaisant, qui ont bien voulu faire trêve à leurs multiples occupations pour venir, au milieu de nous, rehausser l’éclat de cette solennité et nous apporter le réconfort de leur parole éloquentes ;
A M. le Maire et à MM. Les conseillers municipaux de Saint-Martin ; à MM. Les membres du Comité de ce monument ; à toutes les personnes dévouées qui ont contribué de leurs peines et de leurs deniers à l’œuvre qui nous réunit en ce moment.
J’adresse l’expression de mes plus vives et plus cordiales félicitations.
Vive la France !
Vive la République !
Source: Le Journal du Cher es 12 et 13 novembre 1920. Transcription Monumentsducher1418