Discours...
Discours de M. Marcel Plaisant, député du Cher.
Si les témoignages de notre piété et l’érection de ce monument ne devaient pas suffire à faire entendre notre gratitude vis-à-vis des enfants de Saint-Martin-d’Auxigny tombé pour la France pendant cette guerre, nous la pourrions connaître aisément par l’apparat de cette solennité que nous célébrons dans le même jour où revient l’anniversaire de notre incomparable victoire, dont nous avons voulu confondre l’éclat avec le cinquantenaire de la République.
Que si ces noms inscrits dans le marbre évoquent, avec la désolation des familles et le cruel souvenir de notre jeunesse décimée, tous un monde de chagrins et de tristesses, la mémoire de ces soldats domine cependant l’habituelle stérilité de la douleur et nous élève vers une de ces méditations probables d’où l’âme sort plus forte pour les œuvres de la vie.
Ceux-là ont donc méprisé les joies de la vie, et c’est leur abnégation qui nous a permis de les connaître encore. Ceux-là, dans un élan sublime, se sont jetés dans les bras de la mort, et cette sombre étreinte dégage pour ceux qui restent la voie lumineuse qui fécondera le travail.
Gloire à ces héros, trois fois immortels ; Immortels par leurs actions brillantes aux fastes de l’Histoire ; immortels par l’héritage matériel qu’ils ont sauvé et qui assure l’éternité de la Patrie ; immortels par leurs vertus qui couronnent d’un lustre nouveau le front de la France éblouissante de gloire devant l’assemblée des peuples.
Encore que ces enfants illustres soient si fort au-dessus de la dignité commune qu’ils font sentir toute la vanité de nos hommages, ils ne laissant pas de recevoir le véritable culte qui s’ajuste à l’intention de leur dernier soupir, en associant la commémoration de leur trépas à l’anniversaire de la victoire qui est faite de leur chair sacrifiée, qui reste le fruit sanglant de leur courage.
Victoire ! Criait-on le 11 novembre 1918, sur le front immense de nos armées qui bousculaient les bataillons en déroute ; et c’était, après les horreurs de la plus abominable des guerres, la triomphante allégresse du soldat recevant la récompense de ses travaux dans la capitulation d’un ennemi abhorré.
Victoire ! Clamait-on dans les villes et dans les campagnes, tandis que les cloches, sonnant à toute volée, annonçaient la bonne nouvelle ; et c’était chez les jeunes, les vieillards et les enfants, de longs soupirs mêlés à bien des larmes, à la remembrance des jours d’angoisse et même de terreur avec l’écrasement d’un ennemi qui avait méprisé toutes les lois de la guerre.
Victoire ! Pouvait-on entendre dans le bruissement des herbes folles qui couvrent les tombes. Elles aussi, les mânes des trépassés, les mânes de ceux que nous célébrons aujourd’hui, devaient élever un murmure d’apaisement en accueillant dans le même sépulcre un rayon capable de réfléchir, avec les couleurs du réel, le rêve divin qui avait enivré leur âme dans l’assaut contre l’ennemi vaincu.
L’orateur nous montre ici, cette allégresse s’adressant non seulement à la France, mais à la République, dont les soldats de 1914, n’ont fait que reprendre la tradition de leurs anciens de l’an II, chantés par Victor Hugo.
M. Marcel Plaisant, termine ainsi :
Et maintenant, à la branche du laurier, il nous faut joindre l’olivier vert toujours. Leur mariage exprime le triomphe de la victoire dans la paix. Mais, de cette viridité perpétuelle, une plus haute signification encore se dégage. Fidèle à l’harmonie d’une destinée merveilleuse, la France laisse voir au mon, par ses succès, aux bords de l’abîme qu’elle est investie d’une vocation supérieure dans le travail incessant de l’humanité. Pour la remplir dans ses années de résurrection, elle a besoin de la concorde de tous ses enfants ; loin des dissensions intestines, au-dessus des querelles passagères, par déjà les mesquines rivalités, élevons tous vers la France un seul regard d’amour.
Alors, nous aurons renoué, à travers nos gloires et nos deuils, la chaîne du passé à l’avenir.
Alors, nous aurons vraiment réalisé, selon la pensée de nos aïeux, la République une et indivisible.
Source: Le Journal du Cher es 15 et 16 novembre 1920. Transcription Monumentsducher1418