Inauguration...
La cérémonie a eu lieu dimanche 20 ami, avec une solennité grave, une convenance admirable, au milieu du concours de toute la population réunie pour honorer le souvenir des enfants de Chassy qui ont donné leur sang pour la Patrie.
Le matin a été célébré, par M. le curé de Chassy, dans sa belle église du douzième siècle, magnifiquement décorée, un service pour les défunts, auquel assistaient le maire, le conseil municipal et toute la paroisse.
A deux heures, le cortège s’est réuni à la Mairie pour la bénédiction et l’inauguration du monument.
En tête marchaient les enfants des écoles, petits garçons et petites filles, au nomre de près de cent, portant chacun un bouquet de fleurs naturelles.
Après eux, les anciens combattants, parmi lesquels grands mutilés décorés de la médaille militaire et de la croix de guerre.
M. le maire suivait, accompagné de M. Pierre Dubois, député, de M. Pillet, conseiller d’arrondissement, et des membres du Conseil municipal au complet.
Le cortège pénètre dans l’église, qui fut en un instant remplie. Les chants liturgiques se font entendre, des chœurs de jeunes filles chantent des cantiques, puis, croix et drapeaux en tête, la longue théorie des assistants se dirige vers le cimetière.
Le cimetière de Chassy est à mi-côte, dominant une vallée verdoyante et fertile. A l’horizon, se profile l’église de Laverdine, les hautes cheminées de la distillerie, à droite, on aperçoit les premières maisons de Villequiers.
Au centre du lieu de repos s’élève une pyramide de pierre de Volvic, ornée d’une croix ; à la base, une table de marbre blanc a reçu la liste funèbre des 23 noms des enfants de Chassy morts à la guerre.
M. le ciré bénit le monument. Dans le grand silence, M. luquet, maire de Chassy, prend la parole dans les termes suivants :
« Monsieur de Député,
Monsieur le Conseiller d’arrondissement,
Mesdames,
Messieurs,
Mes chers amis,
Glorifions nos chers disparus en faisant l’appel de leurs noms : (liste des noms)
A chaque non, deux glorieux mutilés répondent d’une voix forte : « Mort pour la France ! »
Que le souvenir de ces héros continue M. le maire, reste à jamais gravé dans nos cœurs. Qu’il soit pour tous un exemple de courage et d’abnégation. Leur sacrifice a sauvé la patrie, notre belle France de la tyrannie et de la misère. Sans eux nous serions aujourd’hui, des esclaves.
Il faut que notre reconnaissance soit à hauteur de leur héroïsme.
La commune de Chassy s’est fait un devoir patriotique et respectueux d’honorer dignement ses enfants morts au champ d’honneur en leur élevant ce monument au pied duquel la population viendra pieusement se recueillir en pensant à ceux qui ne sont plus.
Au nom du conseil municipal, je remercie M. le député, M. le conseiller d’arrondissement, M. le curé, toutes les personnes qui ont contribué par leur présence, par leurs dons, par leur dévouement, à rehausser l’éclat de cette cérémonie.
« A tous nos amis connus et inconnus qui ‘écoutent, merci. »
M. le conseiller d’arrondissement parla après M. le Maire. Il fit un éloquent éloge des poilus, rappela leur courage et leurs souffrances. Il termina en adressant un respectueux hommage à la mémoire de ceux qui après avoir vaillamment combattu, ont laissé leur vie sur les champ de bataille.
Après ces deux discours, les enfants des écoles ont fait entendre avec un ensemble parfait « Mourir pour la Patrie », chant patriotique toujours si émouvant.
M. Pierre Dubois, député, félicita les administrateurs de la commune de Chassy du beau monument élevé dans le cimetière, qui est l’endroit tristement émouvant où le souvenir de ceux qui ne sont plus remplit le coeur des survivants dans le silence et le recueillement. La place publique, dit-il, est faite pour les colonnes triomphales élevées en l’honneur de la victoire ; le lieu de repos éternel pour la stèle funèbre au pied de laquelle on vient s’agenouiller, pleurer et prier.
Dans un récit sommaire des quatre années de guerre, il rappelle les combats au cours desquels les enfants de Chassy sont tombés pour sauver la patrie en 1914, en 1915, en 1916 et en 1918, année la plus cruelle pour la commune de Chassy, qui a perdu huit de ses enfants jusqu’aux dernières heures qui ont précédé l’armistice.
Après les émouvantes paroles de M. Pierre Dubois, les chœurs d’enfants entonnent le Marseillaise ; les strophes guerrières, chantées par ces jeunes voix, retentissent dans le cimetière au milieu d’une foule profondément impressionnée.
Le cortège se reforme pour le retour à la mairie. Des gâteaux et des rafraîchissements sont offerts aux jeunes garçons et aux jeunes filles. Les hommes sérieux conversent gravement dans la salle de la mairie où un vin d’honneur leur est très gracieusement offert.
Nous adressons toutes nos félicitations à M. le Maire de Chassy, un ancien combattant et un agriculteur émérite. Il a réussi, avec beaucoup de tact et de savoir faire, à organiser une cérémonie qui a été comme il convenait, triste et pieuse, mais singulièrement émotionnante dans ce beau cadre de l’antique église et des fertiles campagnes.
Source: Le Journal du Cher des 22 et 23 mai 1923 - Transcription Monumentsducher1418