Discours du colonel Gruardet.
Mesdames,
Messieurs,
Délégué par le général commandant le 8e corps d’armée, je transmets aux héros des Aix tombés au Champ d’honneur, le souvenir ému et le suprême hommage de l’armée.
Soldat de l’armée active, réservistes et territoriaux des Aix, victimes de la grande guerre, et que nous venons saluer dans votre dernière demeure, dormez votre dernier sommeil sur la terre de France, vous vous êtes montrés les dignes descendants des Bituriges, qui, il y a prés de deux mille ans, tinrent tête aux Légions romaines sur les lieux même où nous sommes.
Les dignes descendants des Berrichons, qui, aux heures les plus sombres de notre histoire nationale sont restés quand même fidèles au roi de France, Charles VII , que nos ennemis d’alors appelaient, par dérision, le roi de Bourges, titre qui devait rester à l’honneur du Berry.
Les dignes descendants des mobiles du Cher, qui, en 1870, à Juranville, ont ajouté une page de gloire à l’histoire de notre pays.
Ainsi, en 1914, vous deviez, dans votre patriotisme ardent et profond, répondre à l’appel de la patrie, injustement attaqué par nos ennemis de toujours.
Et alors, pendant toute la durée de cette longue et pénible guerre, vous avez ajouté des actes d’héroïsme aux actes d’héroïsme.
Depuis la première grande bataille de Morhange-Sarrebourg, jusqu’à la grande bataille de France d’octobre-novembre 1918, qui devait libérer définitivement notre territoire de l’invasion ennemie et consacrer la Victoire, vous avez été partout au premier rang. Vous étiez de la bataille du Grand-Couronné, dont le retentissement n’a peut-être pas été aussi grand que la victoire de la Marne, qui se livrait en même temps, mais qui n’en fut pas pour cela moins longue, ni moins meurtrière.
Vous étiez des âpres et durs combats de la forêt d’Apremont, de la terrible et longue bataille de Verdun, des batailles de la Somme, de l’Aisne, de la Champagne, et partout vous avez montré que vos vertus de sacrifice, n’avaient jamais été surpassées.
Le Monument que nous inaugurons rappellera à vos parents et aussi à vos compatriotes, aux générations de demain le haut sentiment du devoir que vous avez montré, les actes d’héroïsme que vous avez accomplis.
Et soyez assurés, vous qui êtes tombés pour maintenir intact notre territoire, nos libertés, nos institutions et nos lois, que votre sacrifice n’aura pas été vain, et que les survivants et les générations à venir sauront aussi conserver l’intégrité de notre patrimoine national et maintenir notre belle France à la tête de la civilisation.
Source: La dépêche du Berry du 3 mai 1922. Transcription monumentducher1418