Discours de M. le Ct de Lajame de Belleville
Monsieur le Préfet,
Mon génral,
Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs,
Mes chers Camarades,
Au nom des anciens combattants de 1870, je viens saluer ce monument élevé à la mémoire et à la gloire des Enfants de Dun-Sur-Auron, Parnay et Contres, morts pour la Patrie de 1914 à 1918.
Je le salue aussi comme soldat de la grande guerre pensant laquelle j’ai eu l’honneur et la fierté de pouvoir servir encore mon pays en 1914, 1915 et en 1916.
Il y a quatre ans, à pareil jour, le 11 novembre 1918, l’ennemi demandait la paix avouant ainsi sa défaite et signait l’armistice que le Maréchal Foch assuré pourtant de la victoire complète et prochaine lui accorda par humanité et pour arrêter l’effusion du sang ; armistice qu’à ce moment même, on célèbre à l’endroit où il fut conclu par une cérémonie à laquelle nous devons associer nos pensées et nos cœurs.
A cette date, 160 des nôtres, dont nous avons entendu les noms avec une profonde émotion, étaient tombés sur les champs de bataille, où avaient succombé à leurs blessures dans les hôpitaux. Quelques-uns ont été ramenés près de leurs familles, qui ont au moins la consolation de pouvoir porter sur leurs tombes des prières et des fleurs ; d’autres, sont ensevelis dans la terre qu’ils ont arrosée de leur sang ; plusieurs, même, hélas ! ont eu leurs membres dispersés par les mines ou la mitraille, c’est pou eux tous, que se dresse ce monument destiné à perpétuer leur souvenir.
Je ne vous dirai pas à quels combats ils ont pris part, je n’énumérerai pas les différents points du front, il faudrait les citer tous, où, après avoir creusé la terre, ils ont vécu dans la boue cette dure vie des tranchées si contraire à notre tempérament et à laquelle cependant, ils s’étaient si vite et si courageusement adaptés. Mais il est un nom que je tiens à évoquer ici parce qu’il représente une des plus grandes et des plus pures gloires de la guerre, qui nous appartient bien à nous seuls Français, car aucun de nos alliés n’était avec nous : Verdun ! Verdun, le rempart inviolé de la Patrie, contre lequel six mois durant, sont venues se livrer les attaques furieuses de l’ennemi ; Verdun, où s’est illustré le 95e, qui comptait dans es rangs de nombreux Berrichons et c’est peut-être à l’un des vôtres qu’un officier de ce régiment, le lieutenant Péricard jeta ce cri demeuré célèbre : « Debout les Morts ».
Aussi c’est debout, chantant la victoire, que nous avons voulu représenter nos morts ? Regardez ce bronze : c’est le soldat français auquel un de ses chefs prématuré disparu, le général Humbert, rendait ce magnifique témoignage : « Le soldat français est splendide… nos hommes accomplissement en toute simplicité des actes de héros.
Oui, c’est le héros de la grande guerre si grand, que par sa vaillance et son endurance il a surpassé tous ces aînés : les soldats de la Royauté, les volontaires de la République, les grognards de l’Empire, et tous ceux qui sont tombés sur toutes les parties du monde où ils ont porté notre drapeau ; si grand qu’il a fallu pour le caractériser, trouver un mot nouveau entré avec lui dans l’histoire : Le Poilu.
C’est lui que j’ai vu, le 14 juillet 1919, souvenir toujours resplendissant et ineffaçable, précédé de ses trois grands chefs Joffre, Foch et Pétain, franchir l’arc de Triomphe sous lequel repose depuis, dans une apothéose tous les jours renouvelée, le Soldat Inconnu, vers lequel montent sans cesse les pieux respects et les hommages pleins de gratitude de ceux qui ont survécu.
Aux morts de 1870, un monument a été élevé dans le cimetière, il convenait à ceux, qui malgré leur courage, ont connu la défaite, mais à ceux qui, en nous ramenant le Victoire, nous ont rendu nos chères provinces d’Alsace et de Lorraine, après la plaque de marbre sur laquelle sont inscrits leurs noms dans notre vieille et belle église, il fallait un monument sur la place publique pour les exalter et les proposer en exemple non seulement à vous jeunes gens et à vous enfants des écoles, mais à tous ceux qui viendront après nous.
C’est lui que nous inaugurons en ce jour de fête nationale, où tous les cœurs doivent battre à l’unisson puisqu’il s’agit de commémorer notre victoire et de glorifier ceux qui nous l’ont donné auxquels nous vous associons aussi, vous, les blessés et les mutilés.
Parents devant lesquels je m’incline avec respect, vous que nous honorons dans cette fête avec ceux que vous pleurez, ne demeurez pas accablés sous votre douleur, mais qu’elle se change plutôt en fierté, car c’est par vos fils, vos époux et vos pères, c’est pas le sacrifice de leur vie que la France a remporté la Victoire.
N’oublions jamais la leçon que nous ont donné nos héroïques Poilus : s’ils ont vaincu, ce fut en marchant tous dans un même élan, un même cœur vers un même but, dans une même union sacrée d’où dépendait alors le salut de la Patrie.
Cette union sacrée, c’est à vous parents, Amis, c’est à nous tous d’en entretenir la flamme ; sachons lui sacrifier généreusement tout ce qui ne saurait être inspiré par un pur idéal.
Alors nos morts ne sont pas tombés en vain ; nous nous sentirons les dignes continuateurs de la tâche qu’ils nous ont si magnifiquement tracée et l’union sacrée ravivée par tous, nous aurons, comme eux dans la guerre, sauvé dans le Pais notre douce et chère France.
Source: La Dépêche du Berry des 13 et 14 novembre 1922. -Transcription Monumentsducher1418