Discours de M. le Ct Morelle.
La société des Vétérans, dont la devise est : « oublier, jamais !, a pensé qu’il lui appartenait :
D’amener au pied de ce monument le drapeau tricolore ;
De saluer les autorités qui représentent le Gouvernement de la République, l’Armée ;
De rendre hommage à tous ceux qui ont contribué à la préparation de cette cérémonie et à son éclat :
Les souscripteurs,
Le Comité qui a su choisir le sujet,
L’artiste qui eut l’inspiration,
Les pouvoirs publics, qui fixèrent l’emplacement et assurèrent l’exécution de l’œuvre.
Il nous appartient peut-être aussi de dégager la signification de cette solennité c’est-à-dire la glorification du passé et l’exaltation des morts, l’édification des vivants et l’annonciation de l’avenir.
Avec ce moment, pénètrent, sur la place publique, deux mots qui nous viennent du fond des âges, qui se sont attardés en route, qui reçoivent enfin droit de cité, deux mots si grands qu’ils furent appelés des vertus ; le Foi de l’Espérance.
C’est la foi dans les destinées du pays, c’est l’espérance en des jours toujours meilleurs que respire et que célèbre en chantant le soldat victorieux que voici. Son piédestal est un pavois, parce que sur les plaques de marbres sont inscrits en lettre d’or les noms de 160 enfants de Dun, de Contres et de Parnay, qui sont morts pour que vive la Patrie.
Qui de nous ne le reconnaîtrait pour un des siens, ce soldat alerte ? Casqué, guêtré, sanglé, malgré le fourniment qui le surmonte, sous le poids des outils, des ustensiles, des armes, il a des ailes, et il chant.
C’est ainsi que vous le verrez toujours, mères et veuves inconsolables, ce fils, ce mari qui vous manque, tel qu’il était lors de sa dernière permission, tel qu’il est parti pour ne plus revenir, avec sa capote bleu horizon ternie, avec, au flanc, ses musettes bondées, avec sur le bras, ses brisques glorieuses, regrettant certes le foyer, mais fier d’aller accomplir là-bas un magnifique de voir de défense nationale.
C’est ainsi que vous le reconnaîtrez encore, enfants qui passez ici quatre fois par jour, allant de la rivière aux écoles, et vous orphelins à qui, chaque soit, la maman attentive demande un effort de mémoire, sa faveur de l’basent inoubliable.
C’est inasi que toujours, le soldat de France, l’artisan de la victoire, apparaîtra aux habitués de cette place du Marché, maraîchers, hommes des champs ou citadins, qui échangent ici des souvenirs ; ils se rappelleront qu’eux aussi ils ont chanté, terribles avec : La Marseillaise, joyeux avec : La Madelon, gracieux avec le joli tambour ; et chacun oubliait les intempéries, les privations, les fatigues, le danger.
Ainsi, s’érige donc en permanence, et pour des siècles, la leçon de notre époque, la leçon des peuples et des rois, celle qui a pénétré partout, dans les palais comme dans les chaumières, la grande leçon de la grande guerre, la valeur incomparable de la personnalité humaine.
Des temps nouveaux nous sont promis, qui ouvriraient une ère nouvelle de prospérité et de grandeur. Nous la devrons au prodigieux sacrifice que la Nation française a consenti, en laissant sur les champs de bataille 1.700.000 de nos enfants ; nous la devrons aussi à l’effort mondial des peuples vers la liberté et vers la fraternité ; nous la devrons surtout au sursaut de la vitalité française, après des larmes, parmi les ruines.
Cet âge heureux, elle aura achevé de le mériter, la France, terre qui ne veut pas mourir, race pétrie d’invincible allégresse, si nous savons faire pénétrer partout le sentiment des devoirs impérieux ; la natalité réhabilitée, la production intensifiée, toutes les richesses territoriales exploitées, les œuvres sociales amplifiées, les revendications populaires écoutées ;
Si nous savons enfin faire entendre à l’Humanité le cri qu’il faut ;
Guerre à la Guerre !
Guerre à la Haine !
Paix à la Paix !
Source: La Dépêche du Berry des 13 et 14 novembre 1922. -Transcription Monumentsducher1418