Inauguration...
Jeudi, jour de la fête de l’armistice, la commune de Saint Martin d’Auxigny inaugurait le monument élevé, par souscription publique, à la mémoire des enfants de la commune morts pour la Patrie.
Pour la circonstance, la principale rue de la ville était superbement pavoisée aux trois couleurs, offrant un joli coup d’oeil.
Grâce au temps, qui s’était adouci, tous les habitants des environs se rendaient en foule, dès le matin, au canton.
La journée commença par la célébration d’une messe de Requiem, en l’église trop petite pour contenir la nombreuse affluence.
Dans la nef, se dresse un catafalque, où, sur le fond noir, tranchent les couleurs vives des drapeaux et des rubans tricolores.
Tout autour sont massés les combattants, les pompiers, la Société musicale, les Vétérans avec leur drapeau, les enfants des écoles.
Dans le chœur, le maire, ses adjoints, le conseil municipal ; M. René Depigny, conseiller d’arrondissement, de nombreux notables du pays.
C’est M. Chousier, curé, qui officie.
La musique s’est fait entendre à l’offertoire, interprétant une marche funèbre. A l’élévation, les clairons des pompiers ont sonné : « Aux Champs ! ». Avant l’absoute, M. le curé monte en chaire et prononce un très beau sermon sur le thème : « Gloire à Dieu, hommage à nos morts, sympathie profonde pour leurs familles ; à Dieu qui nous a donné la victoire, car c’est lui qui a inspiré à nos généraux le génie qui a dirigé leurs manœuvres et provoqué la retraite de l’ennemi sur la Marne ; hommage aux morts qui, affirmant une fois de plus toutes les vertus de la race, animés de l’esprit de foi et de leur croyance dans l’idéal, puisant dans l’amour de Dieu et de la France immortelle un courage invincible, ont remporté la victoire et sauvé la patrie ; sympathie aux familles qui ont fait le sacrifice d’un être cher à la plus sainte des causes. »
L’orateur termine par ces mots, qi trouvent de l’écho dans tous les cœurs : « Vive Dieu ! Vive la France ! »
Aussitôt après la messe, le cortège se forme devant l’église, pour se rendre au monument que doit bénir le clergé et recevoir la municipalité et les membres du comité.
En tête marchent M. le curé et ses assistants ; puis viennent les enfants des écoles, fillettes et garçons, faisant la haie : la Société musicale, de charmantes jeunes filles, costumées, représentant la France couronnée de lauriers, et l’Alsace Lorraine ; les orphelins de la guerre ; les pompiers avec leurs drapeau et clairons ; le Conseil municipal, ayant à sa tête M. Jacquet, maire, accompagné des personnages officiels : M. le lieutenant-colonel Véron, de l’état-major, délégué du général commandant le 8° Corps ; M. Marcel Plaisant, député ; M. Desbarres, conseiller général ; la Société de secours mutuels ; les Vétérans ; une couronne, portée par des sous-officiers, les officiers et les mobilisés du canton ; parmi eux, M. Vrinolt, capitaine de complément instituteur dans le canton ; M. Jacquet, lieutenant, etc.
Aux accents de la musique, le cortège se dirige vers la place de la Mairie, à l’extrémité de laquelle a été érigé le monument.
Après le cérémonial de la bénédiction, le voile tombe et l’œuvre du sculpteur Cladel, de Paris, apparaît. La conception est simple, le sujet sobre et de bon goût est taillé dans une pierre d’un beau grain. Sur une colonne de forme quadrangulaire, sont inscrits les noms des enfants de St-Martin morts pour la Patrie ; soudé au fût de la colonne, formait comme un abri dont il semble soudain surgir, un poilu, le regard farouche, tenant de la main gauche son fusil, serré au côté, ramassé sur lui-même, s’élance sus à l’ennemi, la main droite crispée et portée en avant dans un geste menaçant.
La musique joue « La Marseillaise » que toute l’assistance, les hommes chapeau bas, écoute au milieu d’un silence quasi religieux.
Puis c’est l’appel émouvant des héros par un officier. Après chaque nom, un sous-officier répond : « Mort pour la France ». C’est un long martyrologe de près de 80 noms.
Une charmante jeune fille, Mlle Crétin ,dot le père est tombé au champ d’honneur, dit avec beaucoup de coeur une poésie de circonstance ; puis les enfants des écoles exécutent un chœur patriotique, sous la direction de leur maître, M. Nacey. L’interprétation en fut parfaite.
La parole est alors aux orateurs :
M. Jacquet, maire, rend hommage à la vaillance, à l’esprit de sacrifice des Enfants du canton. Faute de place, nous n’en pouvons malheureusement reproduire que ce passage et la péroraison. -> Discours de M. Jacquet
On applaudit et la parole est à M. Desbarres, conseiller général du canton de Saint-Martin : -> Discours de M. Desbarres
Au nom de l’armée, M. le lieutenant-colonel Véron prononce cet émouvant discours, en partie consacré à l’exaltation des faits d’armes du 8° Corps et principalement des régiments de Bourges : -> Discours du lieutenant-colonel Véron
Ce beau discours est chaleureusement applaudi. Il a vivement impressionné l’auditoire.
Monsieur Plaisant, député du Cher prononce un magistral discours, au style élégant, aux périodes oratoires soignées , qui a profondément ému les assistants. Quand il descend de la tribune, M. le docteur Durand, se déclarant l’interprète de tous les auditeurs qui applaudissent, lui donne l’accolade.
Nous reproduiront dans un prochain numéro ce discours, ainsi que ceux de M. Villaudy, président des Vétérans, et de M. Jacquet, prononcé au nom des combattants.
Un jeune élève de l’école libre récite une poésie vouant aux gémonies l’infernal Guillaume II, le Kaiser sanguinaire et abhorré.
Les enfants des écoles sous la direction de M. Nancey, chantent très bien un dernier choeur et la cérémonie est terminée.
Elle est suivie d’un banquet servi à l’hôtel Clavier. Une soixantaine de convives sont réunis, M. Jacquet, maire préside, entouré de MM. Marcel Plaisant et Desbarres ; en face sont M. le lieutenant-colonel Véron, MM. René Depigny et Jacquet.
Dans l’assistance, M. Depigny, un des principaux membres du Comité du Monument, le docteur Durand, M. Vrinat, capitaine de complément, les maires et fonctionnaires du canton.
Menu excellent, vins parfaits.
Au dessert, des toast sont portés par M. Jacquet, maire, qui remercie ses invités, et par M. Marcel Plaisant, qui, à son tour, adresse des remerciements à la municipalité pour son invitation, exalte à nouveau le courage des enfants du pays, assure que leur mémoire vivra éternellement, et termine en assurant les agriculteurs de son dévouement.
Tandis que s’achevait ce banquet, la musique donnait un concert sur la place, près du monument où la foule des auditeurs était nombreuse.
La journée s’est terminée par des illuminations, des réunions familiales, et aussi par quelques bals qui n’avaient d’ailleurs rien d’officiel, et où la jeunesse s’est divertie. Nos glorieux morts eux-même seront indulgents pour ces ébats qu’ils n’envient plus.
C’est au contraire leur sort qui est enviable. Car Mourir pour la Patrie, c’est le sort le plus beau, le plus digne d’envie. Et ils ont reçut la récompense éternelle de leur héroïque sacrifice.
Source: Le Journal du Cher des 12 et 13 novembre 1920. Transcription Monumentsducher1418