Inauguration...
Dimanche a eu lieu, à Henrichemont, la cérémonie de l’inauguration du Monument aux 135 enfants de cette ville morts pour la Patrie pendant la grande guerre.
Le journée consacrée au souvenir de nos héros, à l’hommage rendu à leur sacrifice suprême consenti pour le salut de la France, a commencé par une imposante cérémonie religuieuse en l’église d’Henrichemont.
A la messe ont assisté tous les membres du Conseil municipal, une grande partie de la population, la plupart des Sociétés patriotiques et les œuvres de guerre.
Sous la direction de la belle et grande musicienne qu’est Mme Brateau, un brillant programme de chant a été exécuté par un chœur mixte d’une trentaine de femmes et d’une dizaine d’hommes, tous d’Henrichemont, ce qui fait le plus grand honneur à la commune.
« Kyrie », de la messe solennelle à 3 voix de César Franck.
« Gloriaé, grégorien ; « Credo », grégorien également.
A l’Offertoire : « O Fons Pietatis », chœur de Haydn, avec solo de baryton, chanté magistralement par M. Henri Godon, et solo de violoncelle joué par un glorieux mutilé, M. Joseph Parizet.
« Santus et Benedictus », grégorien,
« Pie Jesus », de Félice Anicio,
« L’agnus Dei », de la messe, « Douce Mémoire », de Roland de Lassus.
Signalons tout spécialement l’exécution de ce chœur « A Capella ».
Ce fut absolument divin. Une véritable émotion nous transporta dans des régions infiniment sereines.
« Gloire à nos Héros », solo de baryton et chœur de Mégemot.
« Liberia », abbé Brun.
A la fin de la messe, M. l’abbé Jahan, montant en chaire, a prononcé une éloquente instruction inspiré de l’événement du jour.
Il a notamment rappelé, que de tout temps, il fut de tradition chez tous les peuples, de confier à la pierre le soin de sauver de l’oubli les hauts faits de leur histoire.
La population d’Henrichemont n’y a pas manqué. Le monument érigé par les habitants sur la place publique, près de l’église, est à la fois le symbole du souvenir, de l’Union sacrée et du devoir. Le commentaire éloquent de ces trois points a suscité parmi les nombreux auditeurs un puissant intérêt qui s’accompagnait d’une émouvante impression dont sur tous les visages, on pouvait relever la trace.
La messe a été suivie de la bénédiction du Monument qui a eu lieu en présence d’une affluence considérable. C’est M. le curé qui a dit les prières liturgiques et donné l’eau bénite. Le chœur mixte, qui déjà s’était fait entendre à l’église, a alors interprété un hymne : « Honneur et Gloire à nos Morts », paroles ingénieusement adaptées à la musique d’une Cantate de Bach.
Toute cette partie religieuse de la cérémonie fut très réconfortante et consolante et répondit pleinement aux sentiments de la population, qui s’y associa de tout cœur. Sa présence et son recueillement en furent la preuve.
Un peu avant midi sont arrivées les autorités civiles : M. Richsmann, sénateur ; M. Marcel Plaisant, député ; M. Dissard, sous-préfet de Sancerre. Les représentants du gouvernement ont été reçus par M. Pasquet Benoit, maire ; M. Alfroy, adjoint ; M. Fouchard, conseiller général ; . Guillemin, conseiller d’arrondissement.
Un déjeuner a été offert dans la salle des réunions du Conseil municipale, déjeuner auquel ont assisté les membres du conseil municipal, le commandant des sapeurs-pompiers, M. Cirodde, les fonctionnaires et les représentants de la presse de Bourges et Sancerre, soit en tout une quarantaine de convives.
Vers la fin du déjeuner, M. le Maire a adressé quelques paroles de remerciements aux hôtes de la ville d’Henrichemont , M. le préfet a répondu en quelques mors très simples et dit la gratitude de tous les convives pour l’accueil cordial de la municipalité et de la population.
M. le général Janin, commandant le 8° Corps d’armée, est arrivé à deux heures, en grande tenue, porteur du Grand-Cordon de la couronne d’Italie, accompagné du lieutenant d’assigny, son officier d’ordonnance.
Le cortège se forme devant la mairie.
La Musique divisionnaire et les tambours et clairons du 95°, qui prêtent leur concours à cette manifestation patriotique, ouvrent le ban et M. Anselme, délégué de la Fédération des Combattants du Cher, prononce le discours suivant : -> Discours de M. Anselme
Il remet alors le drapeau qu’il tenait déployé d’une main, à un glorieux mutilé d’Henrichemont.
La musique et la batterie régimentaire ferment le ban et le cortège se met en marche vers le monument. Il est long et imposant. Il se compose des Société suivantes :
Association des anciens combattants, Vétérans, Société sportive, Société de secours mutuels, Prévoyants de l’Avenir, Enfants des écoles, Municipalité et personnages officiels, section de Sapeurs-Pompiers.
Les Sociétés, les Autorités, font le tour de la place Henri IV, et par la rue du Nord, se rendent au monument, qui a été érigé sur la place de l’Église. Il est excellent que le symbole élevé à l’idéal patriotique fût proche du monument élevé à la gloire de Dieu, dans un acte de fort synthétisant cet autre idéal, souvent résumé en ces deux mots ; Dieu et Patrie.
Le monument est modeste, simple : mais il parlera aux cœurs des victimes de la guerre. Sur un socle se dresse un pylone quadrangulaire en granit, supportant des tables de marbre noir ; en marbre blanc, une femme, aux lignes belles, dans une noble attitude, personnifiant la France, vient dans un geste mesuré et pieux, graver dans la pierre pour l’éternité et pour l’immortalité les noms des héros morts pour la France.
Les Sociétés, les enfants des écoles se groupent autour du monument qu’entoure une élégante grille en fer forgé. Jeunes garçons et jeunes filles, tous porteurs d’un bouquet, le déposent sur le socle, tandis que les sociétés apportent de nombreuses couronnes et palmes.
Ces couronnes sont magnifiques. On remarque surtout celle en fleurs naturelles offerte par la Société patriotique des Françaises. Toutes les sociétés ont déposé leur hommage au pied du monument.
Les drapeaux des combattants, des vétérans, des mutilés, des pompiers dont la compagnie en superbe tenue forme une escorte d’honneur, se massent face à la tribune, sur laquelle prennent place les autorités civiles et militaires.
Tambours et clairons battent et sonnent « Aux Champs ! » Tous les assistants se découvrent, et le voile tricolore, qui couvre le monument tombe, laissant vos la statue : la France.
Le moment est émotionnant au possible. Mais le silence se fait, un silence religieux, et au milieu de l’émotion qui redouble, M. Piron, lieutenant de la territoriale, procède à l’appel ! Des 135 glorieux enfants d’Henrichemont, M. Crochet, un mutilé répond : « Mort au champ d’honneur ! »
La musique divisionnaire se groupe et, sous la direction de son chef distingué, M. Collet, elle accompagne M. Le Marignez, ex-ténor de l’Opéra, qui d’une fort jolie voix chante ; « Ceux qui pieusement son morts ! »
Les trois strophes, écoutées dans le plus profond recueillement, sont vivement applaudies.
Les jeunes filles de écoles, sous la direction de l’une de leurs maîtresses, chantent à l’unisson et fort bien un « Hymne aux Morts » qui recueille aussi des applaudissements.
C’est maintenant au tour des orateurs de se faire entendre.
Le premier, M. Alfroy, adjoint, parle au nom de la municipalité et de sa ville d’Henrichemont.
M. Bonnet, agent-voyer, prend la parole au nom du Comité d'érection du monument. Nous publierons son discours dans un prochain numéro.
M. le général Janin, commandant le 8° Corps, ne sira que quelques mots. Il le fera en ces termes, en s'excusant d'être bref, comme il convient à un soldat: Discours du général Janin
M. Guillemain, conseiller d’arrondissement, et M. Fouchard, conseiller général, parlent comme élus de la ville et du canton d’Henrichemont.
Nous reviendrons sur leurs discours.
M. Marcel Plaisant, prenant place devant le monument, d’une voix qui est entendue au loin, prononce un discours qui fut très applaudi que nous reproduirons demain.
M. Mauger, sénateur, se borne à dire quelques morts. Il rappel le sacrifice de ceux qui sont morts pour la liberté et qui ont sauvé la France et la civilisation, mises en péril par l’agression barbare des Boches. Il fait entendre les mots de consolation et d’espérance aux familles en deuil, aux éprouvés de la guerre. Il demande aux enfants, espoir de la France dans l’avenir de s’inspirer du sacrifice de leurs aînés. Il termine en disant : « Je m’incline respectueusement devant ceux qui dorment ici et qui furent des héros ! »
M. le Préfet du Cher commence par cette constatation que, pour la cinquième fois, le printemps est revenu depuis que la France par sa victoire a mis fin à la plus terrible et à la plus sanglante des guerres, et voici que la saison nouvelle, qui fait refleurir les roses, nous permet d’en effeuiller les pétales sur les tombeaux, à la gloire de nos Morts et au pied de ce monument consacré à la commémoration de l’Héroïsme des Enfants de la ville d’Henrichemont.
M. le Préfet après ce préambule se déclare heureux et fier de l’honneur qui lui est conféré d’offrir aux vaillants soldats tombés pour la Patrie l’hommage du gouvernement de la République.
Il continue par une évocation des évènements graves de l’heure présente et de l’action française dans la Ruhr en particulier. Il fait l’éloge de nos braves Français qui défendent là-bas sur la rive droite du Rhin la cause sacrée de la France et évoquant la vision de l’emblème sacré de la Patrie, le drapeau, il fait appel à l’Union autour des trois couleurs flottant fièrement au vent et claquant au soleil en Allemagne occupée.
Il termine éloquemment en saluant toutes les infortunées victimes de la guerre, les mutilés, en s’inclinant devant la douleur des veuves, des enfants. Et aux morts, que la France n’oubliera jamais, il dit : « Dormez en paix, car vous avez fait votre devoir ! » (Applaudissements)
La musique divisionnaire accompagne la « Marseillaise », chantée par M. Le Marignez, écoutée debout ; la plupart des têtes sont découvertes, sauf celles des jeunes gens. Les élèves des écoles ne reçoivent dont plus de leçons de patriotisme à l’école ?
Le cortège se reforme pour se rendre à la mairie, où a lieu la dislocation après la sonnerie au drapeau.
Cette cérémonie fut belle. Il y avait beaucoup de monde. Mais, en dehors de la place où se dressait le Monument, nous constatons avec peine qu’il n’y avait nulle part aucune décoration, aucun pavoisement. Enfin pour que la fête fût complète, il y a manqué du soleil et de la chaleur.
Le ciel était sombre et le vent soufflait assez fort. Il faisait froid. La nature avait semblé, en ce jour, vouloir s’associer par son deuil, aux familles inconsolables de la perte d’un être cher.
A cinq heures, la musique a donné un concert sur la place. Il y avait foule. Le programme a été applaudis ainsi que leur chef, M. Colet, un maître et un artiste du plus grand mérite.
Source: Le Journal du Cher du 1er mai 1923. -Transcription Monumentsducher1418